Il serait temps de gagner… pour vrai.

montreal_impact_mls_logoCher Impact de Montréal,

Tout au long de l’année, on a attendu ce point tournant, ce moment qui allait dévoilé la grande équipe promise depuis la fin de l’année dernière.  Tout ce qui est arrivé cependant depuis de la saison 2016, c’est qu’on a échangé constamment  notre perception de la saison entre celle du verre à moitié plein et celle du verre à moitié vide. Tout est à demie teinte : un début de saison fracassant suivie de nulles à répétitions, les blessures, les joueurs qui quittent et ceux qui reviennent.  On a repris espoir avec une immense victoire à la maison contre Philadelphie, peu après une défaite horrible contre Chicago, pour être témoins ensuite un gain miraculeux à Toronto avec seulement 10 joueurs, pour s’effondrer encore une fois contre Orlando à la maison… Cette équipe n’a jamais su atteindre sa vitesse de croisière, jamais eu de momentum.

Sérieusement, ça vous prend quoi ? Car tout le monde sait que vous avez tous les ingrédients pour réussir.  Lorsque vous êtes en feu, rien ne peut vous arrêter, vous survolez la ligue, vous impressionnez, vous avez l’air de quelque chose comme une grande équipe. Malheureusement, vous sortez votre meilleur jeu seulement lorsque vous devez réagir aux événements, comme à Toronto par exemple. Il faut constamment vous secouer pour vous faire réagir. Vous êtes bons pour défendre votre honneur, mais l’instinct du tueur vous ne semblez pas l’avoir.

Et pourtant, ce n’est pas la motivation qui vous manque, la fenêtre d’opportunité n’a jamais été aussi belle.  Malgré tout, votre popularité augmente. Vous devez faire quelque correctement…

Vous oeuvrez dans une société en pleine mutation et en quête de repères, vous pourriez indiquer la voie au lieu de vous chercher match après match.  Vous devriez vous rendre compte un peu plus de la bouffée d’air frais que vous offrez dans le paysage montréalais, dominé par le trop convenu et contrôlant Canadien de Montréal qui présente un produit moyen à des vieux riches dépassés se contentant des succès d’une époque révolue.  Les bouffées d’air frais sont rares pour le Montréal multiethnique trop souvent caché par une version générique au teint aussi beige que ses propos. Et ceux qui osent briser cette hégémonie se  voient porter au pilori. L’unanime et immobile Québec semble pareil partout, surtout dans l’univers sportif où le gros rire gras du mononcle enterre tout langage coloré provenu d’ailleurs. Cette société tricotée serrée a délié ses liens depuis plus d’une décennie, et si de plus en plus de voix se fond entendre, le climat de suspicion, de démagogie et d’intolérance devient assez lourd à porter. Les gouvernements, eux, ont trop souvent remplacé les projets de société pour du mépris. Au Québec, la différence est un bruit de fond, un morceau de décors, elle n’est jamais présente à l’avant-scène.

Vous ne vous en rendez pas assez compte, mais vous montrez un visage que l’on ne montre pas (ou presque pas) au Québec. Celui d’une diversité décomplexée qui ne demande aucune permission pour accomplir de grandes choses.  De la ligue des Champions et des séries l’année dernière, à toutes les remontées folles et au match contre Toronto cette année. Chaque semaine vous gagnez des adeptes, conquis par l’ambiance exaltée du Stade Saputo.  On se demande encore pourquoi il y a autant de désarroi de votre côté ?

Il y a l’Histoire qui n’attend qu’à être écrite. L’Impact n’est peut-être pas l’équipe avec la plus grande valeur marchande, avec les plus grandes assistances ou le plus d’abonnements de saison; c’est qui est unique, c’est le contexte social dans lequel il s’inscrit qui va au-delà même du fait français en Amérique du Nord. C’est, peut-être malgré lui, le symbole d’une génération et d’une vision différente du Québec. Bref, si vous gagnez, ça veut dire plus qu’une simple victoire sportive. C’est aussi dire à tant de gens que l’espoir n’est jamais véritablement mort, que le triomphe existe, que l’histoire peut se terminer, qu’on peut tourner la page et commencer un nouveau chapitre.

 

 

Le Derby de la 401 (première manche) : avoir la gueule de bois.

Bummer.

Nous étions assis mon père et moi dans le stade Saputo rempli  à craquer, salle comble, une mer de bleu sous un ciel bleu, sans nuages, un ciel grec comme l’a dit mon paternel. 1878611309_12a9c29ed2_o

Les Ultras enthousiastes, la foule de bonne humeur et une équipe confiante, revigorée d’une remontée lors du match précédent sur la route. Nous étions premier dans l’Est et on n’allait pas se faire marcher dessus par les Clowns, pas chez nous, pas dans notre stade.

Et pourtant, l’Impact a perdu 2-0… Le Toronto FC a joué au-dessus de sa tête, parfait, le meilleur match en deux ans selon leur entraineur, et l’arbitrage était pourri…disons inconstant, c’est les aléas de la MLS.

Le Bleu-Blanc-Noir a relativement bien joué, il aurait battu la plupart des équipes avec sa performance, mais le TFC avait l’instinct du tueur, l’oeil du Tigre et l’Impact a cru que seule la supériorité technique viendrait à bout de ces grands bonshommes rouges tant haïs…

À voir le match, j’étais confiant. En première demie, Toronto a eu un penalty, l’Impact avait eu de bonnes chances. En début de deuxième demie, on voyait que Toronto commençait à « manquer de gaz », que l’impact pouvait créer l’égalité et reprendre le contrôle de la partie.  Mais non, Toronto n’a pas paniqué, ils étaient en mission, ils voulaient faire payer le défaite lors des Séries éliminatoires; et pour ce faire, ils ont puisé dans leurs réserves, ont réussi à éteindre le jeu des Montréalais et saisir l’opportunité lorsqu’elle s’est présentée à eux. Après le deuxième but de Giovinco, tout le monde à été assommé, c’était fini. Jamais le grand George St-Pierre n’aura à sonner la cloche. Amère défaite, on est tous sortis déprimés du Stade. Perdre c’est moche; perdre contre Toronto, ça fout le cafard.

Bummer.

Lueur d’espoir… toutefois, à la fin du match on a eu droit à un épisode de brasse-camarade en avant du but, digne d’un match de hockey… ça sentait la rivalité à plein nez.   Déjà on préparait le prochain match.

En revenant à la maison, en écoutant l’après-match, Evan Bush, le gardien de l’Impact, avait bien résumé les lacunes de l’Impact lors de la rencontre… « on les a trop respectés ».  L’Impact n’a pas voulu se salir et n’a voulu souffrir pour la victoire. Avec trois matchs en 8 jours, peut-être que cela est rationnellement explicable, mais ils ont souffert pareil, avec un arbitrage à sévérité variable, les joueurs du Toronto FC ont carrément marché dessus les montréalais qui ont souffert quand même, se permettant également un coup vicieux à l’endroit de Didier Drogba en fin de partie, alors qu’il n’y avait aucun risque de perdre le match.

L’entraineur, Mauro Biello, a déclaré que l’équipe avait beaucoup à apprendre de cette défaite. Apprendre que dans la MLS, on aime le style MLS, c’est à dire, qu’on privilégie la rudesse des joueurs « locaux » au talent des joueurs étrangers; apprendre que pour gagner contre le TFC, il faut être prêt à aller à la guerre; apprendre aussi, que perdre contre Toronto c’est déprimant, et qu’on se fout bien qu’ils gagnent tous les matchs après… Perdre contre Toronto, ça reste en mémoire, ça fait mal à l’égo, ça entache une réputation de gagnants.

Bummer.

On se revoit au mois de juin, bandes de clowns.

 

Les deux matchs d’ouverture de l’Impact

Il y a tout d’abord le premier match de la saison contre les Whitecaps de Vancouver…

Il y a ensuite le match d’ouverture local au stade olympique contre les Red Bulls de New York le 12 mars.

Mais il y a une date sur le calendrier qui est entourée au gros marqueur rouge tellement fort qu’elle doit être visible dans tout le vestiaire de l’Impact, c’est celle du premier match au Stade Saputo contre le Toronto FC le 23 avril…

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Autre preuve que la rivalité TFC-IMFC est bien enracinée, les médias torontois se permettent déjà un « cheap shot » envers Didier Drogba, sûrement dans le but de « préparer » le match du 23  avril.

Ne vous trompez pas, tout le monde sera bien content de retrouver son équipe au stade olympique pour le début de la saison locale, mais le « Big O » n’a pas la même ambiance que le Stade Saputo.  Il faut y être allé pour comprendre, ce stade a une énergie particulière allant bien au-delà des cris des ultras. Quand on y entre, on sent l’énergie nous aspirer et il est très facile de se laisser conquérir à la première vue du terrain et des estrades qui l’entourent. Même à moitié plein la fébrilité est palpable, et quand on joue à guichet fermé, c’est le délire total.

On ne pouvait pas faire mieux, pour « ouvrir » le Stade Saputo. C’est vraiment là que l’on va pouvoir évaluer si les joueurs ont bien assimilé le nouveau système de Mauro Biello et si Drogba devrait avoir repris toute sa forme, après un retard de préparation et son incapacité de performer sur des surfaces synthétiques en début de saison.

Oui, le Toronto FC a sûrement encore sur le coeur la défaite de 3-0 subite lors des dernières séries éliminatoires et voudront venger cet affront, mais la rivalité entre les deux clubs remonte à bien plus loin… À vrai dire, avant même que l’Impact évolue en MLS…

Les fans montréalais se souviennent très bien du premier championnat canadien où l’Impact encore en 2e division avait battu, chez eux, le club torontois qui, selon la légende, était tellement sûr de l’emporter qu’il avait déjà commandé les panneaux publicitaires pour annoncer leurs matchs en ligue des champions de la CONCACAF…

Ce n’est pas la géographie et l’histoire qui fait de cette rivalité, une des plus intenses de la ligue. En fait, tout semble les opposer, par leur style, leurs dirigeants, leur évolution, leur philosophie… Le Toronto FC est un élément parmi tant d’autres  dans le conglomérat qu’est Maple Leafs Sport & Entertainment, possédant également les Maple Leafs (LNH) et les Raptors (NBA).  Cette équipe est plutôt vue par ses nombreux propriétaires comme un divertissement sportif, plus que quelque chose de transcendant comme peut l’être l’Impact.  Il faut savoir que l’Impact est une équipe qui s’est toujours encrée dans sa communauté et qui est la propriété d’une famille montréalaise s’étant donné comme mission de promouvoir activement le soccer dans la Belle Province. Contrairement à la ville reine, il y a dans la métropole québécoise un climat de compétition entre les différentes équipes professionnelles qui pousse l’Impact à offrir une équipe non seulement gagnante, mais spectaculaire, afin de faire parler d’elle dans un Marché quasiment dominé par le Club de hockey Canadien.

Ces différences « structurelles » vont également influencer les styles de jeu. Le TFC est plus un club de « domination » sur le terrain, tandis que l’Impact mise plutôt sur l’opportunisme.  Le dernier en séries 2015 le prouve bien, le Bleu-Blanc-Noir n’a eu besoin que des 38 premières minutes  pour clore le débat. Après cela, Toronto a repris ses esprits et imposé son rythme, mais le mal était déjà fait et la pente beaucoup trop dure à remonter.  Malgré le côté plus spectaculaire de son jeu, l’Impact avait souvent tendance à jouer avec le feu, prendre des cartons dans des moments inopportuns et démontrait plus de difficulté à conserver le momentum.

C’est une critique que certains font depuis longtemps à l’Impact est de n’avoir jamais eu de style. Je crois plutôt qu’à l’image de sa ville, le club montréalais à tous les styles… Année après année, il est incapable de maintenir une vitesse de croisière, ses championnats étant habituellement remportés par des remontées vertigineuses en fin de saison.  Il doit être tout de même quelque peu complexe pour ses adversaires de se préparer adéquatement à affronter l’Impact, car on sait jamais sur quelle équipe on ne va tomber.  Sur le terrain comme en dehors, l’Impact de Montréal c’est du chaos organisé.

Mais la vraie raison qui explique pourquoi l’Impact gagne, c’est qu’elle est en mission. Il y a un facteur identitaire assez fort chez l’Impact, ce qui est assez fréquent dans la planète foot, mais qui n’est pas encore très bien développé en MLS. Pensez-vous franchement qu’un joueur du TFC (ou toute autre équipe de la MLS) aurait subit ce qu’à subit le capitaine de l’impact, Patrice Bernier, l’année dernière : blessures, sous-utilisations, pour devenir le héros du dernier duel face au Toronto FC ? C’est ce qui explique peut-être, la capacité de l’équipe de « faire des miracles » lors de l’édition 2015 de la ligue des champions de la CONCACAF. C’est ce qui explique peut-être qu’il ne leur a pas pris 9 ans pour participer à un match des séries de la MLS (hein Toronto !).

Gagne ou perds, de toute façon, il y aura toujours un prochain match pour remettre les pendules à l’heure. Surtout, les deux clubs ont tout à gagner à mousser cette rivalité, afin de gagner en popularité. Et la saison 2016 promet à ce niveau, un match de saison régulière entre les deux clubs n’ayant jamais été attendu aussi fébrilement.